Les sociétés de fonds de couverture et de fonds d’investissement AIMA et EVCA
La crise financière a attiré l’attention sur les activités des sociétés ‘d’investissements alternatifs’ telles les fonds de couverture, spécialisés dans les investissements spéculatifs, et les fonds d’investissements. Suite aux demandes d’une réglementation plus stricte, l’industrie de l’investissement a lancé une campagne de lobby fallacieuse, prétendant qu’une réglementation plus ferme rendrait l’Europe moins compétitive. D’où le manque de corps des nouvelles réglementations actuellement en discussion.
La réglementation financière était sur la sellette suite à la crise financière de 2008 avec des questions soulevées sur certaines activités des fonds. Les fonds d’investissements ont été pointés du doigt, notamment pour le rachat d’entreprises en faillite, puis leur revente pour faire des profits rapides, laissant les sociétés décimées.
Les fonds de couverture ont été critiqués à cause du manque de transparence dans leurs activités, qui souvent consistent en des déplacements de fonds importants autour du marché, en quête de profit à court terme. Les investissements spéculatifs et ceux de revente à court terme, en devises ou en actions, peuvent avoir des impacts dramatiques sur les prix du marché, déstabilisant potentiellement l’économie.
Quand la Commission européenne a proposé de nouvelles règles dans la directive sur les managers de fonds d’investissement alternatifs (Alternative Investment Fund Managers ou AIFM), les propositions ont rencontré de vives attaques de la part de l’industrie financière.
L‘Association des Gestionnaires d’Investissement Alternatif (Alternative Investment Management Association ou AIMA) et Association Européenne des Investisseurs en Capital Risque (European Private Equity and Venture Capital Association ou EVCA), deux représentants des secteurs d’investissement alternatifs, ont déclenché alors une des plus grandes batailles de lobbying dans l’histoire européenne, tentant de protéger l’industrie contre la réglementation.
Quand le projet de loi a été discuté au Parlement européen au printemps 2010, 900 des 1700 amendements présentés provenaient de lobbyistes de l’industrie.
AIMA et EVCA revendiquent que leurs membres n’ont joué aucun rôle dans le déclenchement de la crise financière et ils ont déployé des tactiques fallacieuses pour assurer leur propre succès.
Par exemple, EVCA a envoyé une lettre à la Commission qui semble avoir été écrite sur ordre des 700 petites et moyennes entreprises, prévenant que la directive leur serait néfaste. La grande majorité des signatures sur la lettre provenant des fonds d’investissements qui sont des membres à part entière, partiellement membres ou financés par EVCA.
L’industrie a également engagé d’éminents politiciens pour parler en son nom. Quand le maire de Londres Boris Johnson s’est exprimé à Bruxelles en faveur de l’industrie des fonds d’investissements, il a été accusé d’avoir été « acheté » – plus de la moitié de l’argent attribué à sa campagne électorale de maire provenait du secteur financier y compris des fonds de pension et les fonds d’investissements.
AIMA est aussi accusé d’alarmisme, ayant prétendu que la réglementation mènerait à des pertes massives d’emplois, à cause d’une migration outre-Atlantique des fonds de pension et donc de la réduction de leurs gains en Europe. La direction d’AIMA est allée jusqu’à prévenir qu’une directive européenne pourrait nuire aux « écoles, hôpitaux, centres commerciaux, tout ce qui affecte habituellement les citoyens de l’UE ».Finalement, les propositions de la Commission ont été considérablement affaiblies.